Pratique


Il y a une vingtaine d'années, un médecin français – Michel Mirowski – a eu l'idée de miniaturiser ces énormes défibrillateurs que l'on aperçoit dans certaines séries télévisées, notamment dans Urgences, pour les rendre implantables dans le corps. Le premier défibrillateur a été implanté aux États-Unis en 1980, et en France en 1982.

Le défibrillateur implantable permet de diagnostiquer et de traiter efficacement les récidives de fibrillation, en délivrant des chocs électriques par voie interne : les personnes à risque sont ainsi sauvées d'un phénomène dont elles ne réchappent sinon pratiquement jamais. Il analyse l'activité électrique du cœur et détecte les troubles du rythme : ce « garde du cœur » surveille en permanence le rythme cardiaque du patient et intervient pour régulariser le cœur s'il bat anormalement vite ou au contraire pour le stimuler s'il bat trop lentement.

Dans le cas d'une très forte augmentation du rythme cardiaque dans le ventricule (fibrillation), le défibrillateur va délivrer, dans les 10 secondes, un choc électrique qui rétablit un rythme cardiaque normal.

Le défibrillateur dispose de plusieurs chocs d'énergie croissante afin de garantir l'efficacité du traitement. Parallèlement, le défibrillateur va enregistrer les anomalies de l'activité électrique du cœur, qui pourront être analysées par le médecin lors de la prochaine consultation.


Le défibrillateur est un appareil de petite taille (environ 5 x 5 x 1 cm) que le médecin place sous la peau, lors d'une brève intervention, en général du côté gauche, au niveau de la poitrine. Le patient peut rentrer chez lui un à deux jours après l'intervention.

L'implantation s'effectue sous anesthésie locale et dure environ une heure : la sonde de défibrillation miniaturisée est introduite dans une veine et son extrémité est positionnée dans le ventricule droit. L'autre extrémité de la sonde est connectée au défibrillateur. Ce dernier surveille en permanence le rythme du cœur et lorsqu'il détecte une anomalie, un rythme trop rapide ou trop lent, il délivre un traitement électrique qui permet de rétablir un rythme normal.

Tous les événements sont mémorisés pour être ensuite analysés par le médecin.

Le défibrillateur est alimenté par des batteries non rechargeables qui ont une autonomie variable suivant la fréquence d'utilisation de ses fonctions. La durée de vie de la pile, composant indissociable du défibrillateur, est d'environ 6 ans. Lorsque la pile est épuisée, le défibrillateur doit être remplacé.


Ce traitement protège des patients dont le plus grand nombre est jeune : l'âge moyen est de 60 ans, 40 % des porteurs de défibrillateurs n'ont pas atteint l'âge de la retraite, les patients les plus jeunes sont des adolescents.

Initialement, les premiers défibrillateurs étaient destinés à protéger de rechutes les patients ayant survécu à une fibrillation ventriculaire et pour lesquels aucun autre traitement n'était disponible. Des essais cliniques ont démontré l'efficacité de ce traitement dans de nombreux essais cliniques réalisés sur des centaines de patients.

Les indications permettent désormais à une plus large population de patients de bénéficier de ce traitement : des patients ayant souffert d'un rythme ventriculaire rapide (tachycardie), souffrant de syncopes inexpliquées ou de maladies familiales exposant au risque de mort subite.

L'objectif, qui était initialement de sauver la vie, s'est élargi : le but de ce traitement est de diminuer les hospitalisations, de réduire les coûts pour la collectivité et d'améliorer la qualité de vie des patients.

Les patients porteurs d'un défibrillateur nécessitent des consultations à intervalles réguliers pendant lesquelles sont vérifiés :

    * la nature des troubles du rythme enregistrés et traités,
    * l'état des piles.

Une équipe réunissant plusieurs cardiologues, travaillant en étroite collaboration dans un centre doté de moyens modernes de diagnostic et de traitement, peut établir un diagnostic, prescrire le traitement optimal, implanter un défibrillateur puis le surveiller.

La majorité des patients retrouve, après quelques mois, une vie sociale normale.

2 000 implantations de défibrillateurs sont réalisées chaque année.


Le coût initial d'un défibrillateur, de l'intervention et de l'hospitalisation (de l'ordre de 25 000 €) peut paraître élevé. Cet investissement doit cependant être mis en regard des économies qu'il induit ; la plus importante d'entre elles résulte des traitements délivrés par le défibrillateur qui interrompent les troubles du rythme ventriculaire en ambulatoire et évitent des hospitalisations dans des services spécialisés.

Des universitaires suisses  ont ainsi déterminé que les économies liées à la diminution du nombre de journées d'hospitalisation permettent d'amortir le défibrillateur dès le 19ème mois. Ce résultat est cohérent avec une analyse économique récente , portant sur plusieurs études américaines, qui indique que le défibrillateur est amorti à partir d'un délai compris entre un et trois ans.

Par conséquent, en renonçant à l'implantation de défibrillateurs, la collectivité priverait des patients d'un traitement efficace, renoncerait à des gains financiers et dépenserait finalement plus que si elle avait agi en investisseur avisé.

Le recours à des modèles médico-économiques sophistiqués donne des résultats concordants. À la question « quel bénéfice pour la société et à quel prix ? », le traitement par défibrillateur se situe aux côtés de nombreux traitements largement diffusés – pontage coronaire, traitement de l'hypertension artérielle sévère – et est mieux placé que bien d'autres – transplantation cardiaque, dialyse rénale.

De nombreux patients traités par défibrillateur ressentent une amélioration de leur sécurité, ont confiance dans l'aptitude du défibrillateur à délivrer un traitement adapté, sont moins souvent sujets à des hospitalisations liées au trouble du rythme, ont la possibilité de poursuivre ou reprendre leur activité professionnelle ; l'estimation économique de ces bénéfices est particulièrement difficile, voire impossible. Néanmoins, ces effets bénéfiques pour la collectivité doivent être reconnus et les gestionnaires de santé doivent en tenir compte dans leurs décisions.